Tuesday, October 10, 2006

--- Sommes-nous des machines ? --- Deuxième heure

Le vivant - comme toute réalité matérielle - obéit à un ensemble de lois mécaniques dont la connaissance nous permet seule de nous faire de celui-ci une idée vraie.
Pour argumenter, considérons ce texte de Descartes extrait des Principes de la Philosophie :
  • « (…) je ne reconnais aucune différence entre les machines que font les artisans et les divers corps que la nature seule compose, sinon que les effets des machines ne dépendent que de l’agencement de certains tuyaux, ou ressorts, ou autres instruments, qui devant avoir quelques proportions avec les mains de ceux qui les font, sont toujours si grands que leurs figures et mouvement se peuvent voir, au lieu que les tuyaux et ressorts qui causes les effets des corps naturels sot ordinairement trop petits pour être aperçus par nos sens. Et il est certain que toutes les règles des mécaniques appartiennent à la physique, en sorte que toutes les choses qui sont artificielles sont avec cela naturelles ».
(a) La thèse cartésienne de "l'animal-machine".
Il est clair que dans ce texte Descartes propose de penser le vivant sur le modèle de la machine, et qu’un dispositif mis au point par la mains de l’homme devient le fil conducteur d’un programme de recherche : comprendre le vivant en mettant en lumières tous les éléments qui entre dans sa composition, produisant mécaniquement une phénomène naturel observable sous la forme de « la vie » ! Il suffit donc, pour comprendre le fonctionnement d’un être vivant de suivre les mêmes principes que ceux qui permettent d’expliquer le fonctionnement d’une machine. Or comment explique-t-on le fonctionnement d’une machine ? Par les lois de la mécanique. Autrement dit : chaque mouvement qui s’opère dans la machine s’explique par la transmission de ce mouvement par l’intermédiaire d’un ou plusieurs éléments qui composent cette machine, par un ensemble de parties agissant les une sur les autres. Par exemple, les engrenages d’une montre : chaque rouage est poussé par un autre à fonctionner avec, à la base, un ressort qui libère du mouvement – autrement dit de l’énergie ; et tout ce dispositif d’engrenage permet bien la transmission d’un mouvement du ressort qui se détend aux aiguilles qui mesurent le temps qui passe sur un cadran… Les principes de la mécaniques sont également applicables à une partie de billard : chaque boule agit sur une autre, depuis celle qui a été choqué par la queue du joueur jusqu’à celle qui tombe dans le trou, mais là encore tout ce dispositif a permis d’opéré le passage d’un mouvement initial (la translation de la queue) à un état final (le trajet déterminé d’une boule bien définie sur le tapis).

C’est la même chose pour un corps vivant : « je ne reconnais aucune différence » : un être vivant doit s’envisager de la même façon qu’une machine, comme une « machine qui se remue de soi-même » dit Descartes dans un autre texte. Un corps vivant n’est pas autre chose qu’un système de rouages, de pièces d’engrenages liées entre elles de façon à produire chaque mouvement propre à cet être… Chaque mouvement qui font qu’il est vivant et qu’il n’est pas mort ! Respiration, circulation sanguine, digestion, comportement déterminé dans son milieu… Tout ce qui fait qu’il est autre chose qu’une masse de matière inerte, comme cela peut être le cas d’un cadavre, doit pouvoir s’expliquer mécaniquement ! La mort n’est que la conséquence de l’interruption de ce processus mécanique. Il y a le même rapport entre un cadavre et une montre arrêtée : un engrenage est cassé ou le ressort est détendue ; la transmission du mouvement cesse ; le système est détruit. Casser sa pipe, c’est briser un ensemble complexe de parties interdépendantes produisant un mouvement bien déterminé qui font la vie. Le cœur est donc une pompe qui alimente en fluide le circuit sanguin, les poumons des soufflets permettant d’entretenir une combustion etc. Tout dans un corps est donc comparable à des mécanisme mis au point par la main de l’homme (comme le dit le texte : aux « machines que font les artisans »)…

On voit donc que le vivant et la machine sont parfaitement comparables. Mais s’agit-il seulement d’une ANALOGIE ?
Il faut déjà se demander ce que l’on entend par analogie.
On pourrait penser qu’il y a entre une machine (un automate, par exemple) et un corps vivant une simple analogie, c’est-à-dire une identité qui n’existe qu’entre des rapports et non entre les termes de ce rapport. Dans ce cas un être vivant n’est pas une machine, mais si l’on se donne comme principe que tout se passe comme s’il en était une… Son fonctionnement nous paraîtra plus clair ! La machine n’est qu’un MODELE, un analogon, pour organiser notre réflexion (comme nous l’avons dit plus haut : un fil directeur pour un programme de recherche). Dans un tout autre texte, extrait du Discours de la Méthode, Descartes semble dire qu’il n’y a qu’une simple analogie : car si nous devons supposer que l’animal est une machine, elle à été, contrairement aux automates produits par l’industrie humaine, faite « des mains de Dieu » et donc « incomparablement mieux ordonnées », ayant en soi « des mouvement plus admirables, qu’aucun qui puisse être inventé par les hommes ». Incomparable signifie bien, ici qu’elle ne sont pas de même nature et ce que l’on peut comparer c’est seulement un RAPPORT : rouages/machine = organes/animal. L’animal n’est pas une machine ; il n’y a pas identité.

Toutefois, si l’on va jusqu’au bout du texte, il n’est pas certain qu’il n’y ait qu’une simple analogie entre deux réalités de nature bien distincte. Car, précise le texte, on ne peut faire « aucune » différence entre une machine et un corps vivant A PART (« sinon qu’en effet… ») que les éléments (« tuyaux, ou ressorts… ») qui composent une machine sont forcément visibles (« se peuvent voir »), puisqu’elles sont faites de la main de l’homme alors que ceux qui composent un corps vivants échappent en grande partie à notre regard (« trop petits pour être aperçus par nos sens »). En somme, ce qui distingue un corps vivant d’un automate, produit de l’industrie humaine, c’est que la mécanique qui compose le vivant est trop subtile pour être actuellement visible : elle est microscopique ! Si le vivant nous demeure, en tant que produit de la nature, relativement énigmatique, ce n’est pas parce qu’il est en soi mystérieux, mais parce que nous ne disposons pas encore d’instruments nous permettant d’observer et de mesurer des quantités de matière en mouvement. Mais ce n’est qu’une question de temps ! Lorsque nous disposerons de tels outils, les rouages du vivant nous apparaîtront aussi clairement que ceux qui résultent de la main de l’homme. Il n’y a, par conséquent, aucune différence de nature entre un vivant et un automate, mais seulement une différence dans le DEGRE de complexité ! Dans les deux cas ce sont les lois du mouvement qui président à son fonctionnement. Les animaux et les machines : c’est la même chose… mais pas dans les mêmes proportions ! Il y a bien chez Descartes une unité du vivant et de la machine, voilà pourquoi certains cartésiens n’hésiteront pas à proposer la théorie de l’animal-machine, de la stricte équivalence de l’un et de l’autre.

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