Sunday, July 16, 2006

--- "Existe-t-il des vérités définitives ?" --- Première heure.

Pour pouvoir problématiser, il faut déjà que le sens des notions-clés ne vous échappent pas, même si elles doivent faire l'objet d'un approfondissment au cours de la réflexion.
1) Que faut-il entendre par cette notion de VERITE ?
(a) Une vérité est, premièrement, un jugement UNIVERSEL et NECESSAIRE que l'on porte sur la réalité. Est vrai ce qui s’impose comme incontestable et indiscutable à tout être raisonnable. Une vérité est donc ce sur quoi tous les hommes sont susceptibles de s’accorder .
Il est important de noter, à partir de là, qu'une expression comme « à chacun sa vérité » n’a aucun sens, dans la mesure où un jugement arbitraire ne peut pas être une vérité, même s’il se présente à l’esprit de celui qui l’affirme comme une vérité. Mais dans ce cas il vaut mieux parler de CERTITUDE et, justement, il est essentiel de ne pas confondre les notions de "certitude" et de "vérité". Pour saisir cette différence, il faut se reporter au repère CROIRE/SAVOIR.
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Pour distinguer des notions, il faut partir de leur point commun. Dans le cas de ces deux notions, il s'agit justement de la "certitude". Qu'est-ce qu'une certitude ? que signifie être certain de quelque chose ?
Une certitude est une pensée que l'on tient pour vraie, c'est-à-dire qui se présente à l'esprit avec la force du vrai : on est prêt à parier sur la réalité de ce que l'on affirme... La certitude est donc fondamentalement un sentiment que l'on éprouve à propos d'une pensée. Mais ce n'est pas parce que nous avons le sentiment qu'une pensée est vraie qu'elle est forcément vraie ! C'est justement pour cela qu'il faut distinguer le savoir de la croyance ! Dans les deux cas, nous avons des pensées certaines mais pas pour les mêmes raisons : je suis certains que le carré de l'hypothénuse est égal à la somme du carré des deux autres côté d'un triangle rectangle, mais cette certitude n'est pas comparable avec celle qui consiste à dire : je suis certain que Dieu existe.
  • Dans le premier cas, il s'agit bien d'un SAVOIR, c'est-à-dire d'une pensée établie rationnellement. Nous savons quelque chose lorsque nous sommes capables d’en apporter méthodiquement la PREUVE, d’en démontrer la nécessité : c’est comme cela et ça ne peut pas être autrement. Le savoir est donc indiscutable, incontestable et constitue un ensemble de pensées fondées. Un savoir est de ce fait universel ; tout être raisonnable normalement constitué l’accorde. Si nous reprenons notre définition initiale de la vérité, on voit donc que c'est dans le domaine du savoir que l'on peut avoir des vérités. Les théorèmes en mathématiques, les lois, les faits dans les sciences et mêmes les concepts en philosophie en sont différentes modalités de la vérité, correspondant à différents domaines de l'activité rationnelle.
  • En revanche, si l'on considère notre second exemple, il faut reconnaître qu'on a ici afaire à une CROYANCE, c'est-à-dire une pensée qui, même certaine, est dépourvue de fondement rationnel (et ne peut satisfaire le besoin d’explication rigoureuse que recherche la raison). Dans ce cas, la certitude repose non sur un fait ou une déduction méthodiquement établie, mais sur l’effet que produit sur nous cette pensée, plus précisément : sur sa capacité à satisfaire un Désir, totalement humain, d’avoir une explication des toutes choses qui nous arrange. Seulement le propre de la croyance est d’être irrationnelle. L’explication qu’elle propose n’est pas le résultat d’une analyse méthodique de la réalité, mais d’impressions, d’idées reçues. La certitude repose sur des APPARENCES, des HABITUDES de penser, propre à un groupe social. Les domaines dans lesquels on rencontre les croyances sont la vie quotidienne en société ou règnes PREJUGES et OPINIONS, ainsi que la religion, domaine de la FOI. Il s'agit de trois modalités de la croyance. Ce qui les distingue c'est que la première est irréfléchie et impersonnelle, contractées au contact des autres alors que les deux autres semblent le résultat d'une élaboration personnelle. Mais au sein même de ces croyances intimes, il faut distinguer celles qui sont fluctuantes (on change facilement d'opinion) et celles qui résistent à toute charge critique (la foi est justement la fidélité, fides en latin, à une pensée que la réalité tend à réfuter remettre en cause, que la raison tend à dénoncer comme absurde - "Credo, quia absurdum").

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(b) La vérité est donc une pensée, un jugement, qui n’est jamais le fruit d’un rapport immédiat au monde. En grec, Vérité se dit Aléthéia, c’est-à-dire « ce qui est dévoilé ». La vérité est une pensée que l'on doit « découvrir » parce qu'elle n'est pas d'emblée perceptible. Pour bien comprenre ce qu'elle signifie, il faut disposer de la distinction entre APPARENCE et REALITE.

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A propos d'une chose, on peut distinguer son apparence de sa réalité. Ainsi, on a tous fait, par exemple, l'expérience d'une personne sympathique en apparence (au premier abord, au premier contact) mais qui en réalité (une fois qu'on la connaissait un peu mieux) "s'avérait" infréquentable... Cette distinction est essentielle en philosophie

  • On ne reste aux APPARENCES quand on pense les choses uniquement partir de l’effet, des impressions, qu’elles produisent sur nous et plus précisément, sur notre CORPS et ses organes de réception de la réalité que sont les SENS. Nos sens - si l'on ne s'en tient qu'à eux - nous offrent donc qu’une vision très superficielle des choses et qui nous pousse à nous tromper à leur sujet. Ex. l’apparence du soleil, qui résulte de l’effet qu’il produit sur notre corps : il se présente à nos yeux comme un petit disque mobile...
  • En revanche on perçoit les choses dans leur REALITE lorsqu’on saisit ce qui les constitue essentiellement, leur nature, leur être : ce qui fait qu’elles sont ce qu’elles sont. Seul un travail de la RAISON qui permet de saisir les choses dans leur réalité. Ex La réalité du soleil telle qu'elle est établie à partir de son étude scientifique (observations, calculs...) : il s'avère être une gigantesque masse d'hydrogène en fusion...

Rechercher la vérité, c’est donc chercher à dégager le fond des choses, plutôt que d’en rester à la surface. On connaît tous cette formule : "aller au fond des choses" c'est-à-dire aller à l'essentiel. La vérité est donc une pensée qui porte sur la réalité d'une chose, c'est-à-dire sur son ESSENCE.

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(c) Enfin, si l’on considère que la vérité ne peut s’obtenir que par travail permettant de la mettre à jour, il faut considérer que ce travail ne peut être que l’œuvre de la RAISON, à partir d’un ensemble de REGLES bien définies. Toute vérité est donc le résultat d’un travail méthodique de la raison dans son effort pour comprendre le réel. En quoi consiste, dès lors, ce travail ?

Remarque. On voit donc que la vérité est une pensée élaborée par la Raison qui permet de dévoiler une dimension de la réalité... Une vérité n'existe-t-elle que comme "oeuvre" de la raison (cette faculté étant, par son travail, l'unique fondement du vrai) ou bien est-elle correspond-elle à une réalité existant indépendamment de l'activité de l'homme (qui ne consiste qu'à en prendre conscience) ? Fabrique-t-on ou découvre-t-on un fait comme la composition et l'âge du soleil ?

Il serait peut-être intéressant de réfléchir à la parfaite compatibilité entre ces deux notions. Pour vous mettre sur la voie, j'utiliserai une analogie. Lorsque le sculpteur tire d'un bloc de marbre une forme bien définie (un Zeux ou une Aphrodite...), nul ne doute que cette forme est bien le produit de son travail (de sa dépense d'énergie, de sa technique, de son projet etc.). Pourtant le sculpteur n'hésitera pas à dire qu'il s'est contenté d'extraire de sa gangue une forme qui était déjà contenue dans le bloc (comme préfigurée). En même temps qu'il la fabrique, le sculpteur découvre la statue que le bloc enveloppait déjà !

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